La situation n'a rien à voir avec 2007
Benoît Labouille
Directeur général du cabinet de conseil Offre et Demande agricole
Des répercussions de la forte montée du prix du blé sont à attendre sur le poulet |
Publié le 25 Août 2010
Les acteurs qui ont vendu des options (calls notamment) ont été contraints à acheter des lots sur le marché à terme au fur et à mesure que le marché est monté pour couvrir leurs options (principe de la gestion « en delta neutre »).
Par exemple, au 6 juillet, sur l'échéance novembre 2010, il y avait prés de 9000 calls prix d'exercice 160 euros et 142 000 options (calls ou put) si on considère tous les prix d'exercice options. A chaque hausse de 1 euro, il fallait acheter prés de 1400 lots de blé juste sur l'échéance novembre 2010 pour couvrir toutes les options.
Le marché physique est plus cher que le marché à terme, en dépit de ces liquidations de positions. Qu'est ce que cela signifie ?
C'est la preuve d'une forte exportation pour remplacer l'origine russe. Dans le monde, seules les origines US et françaises sont actuellement disponibles pour être chargées.
Il y a eu tellement de besoin d'exportation physique, que celui-ci vaut 10 euros plus cher sur le marché de Rouen aujourd'hui par rapport à Euronext. La situation est identique dans tous les ports français. Sur le marché à terme, l'échéance novembre vaut plus cher que les échéances plus éloignées, nouvelle preuve d'une demande immédiate.
On peut penser qu'il y a une certaine rétention de la part des agriculteurs qui n'ont pas encore vendu et qui voient le marché monter tous les jours.
Si cette structure de prix dure, un risque de pénurie pourrait se matérialiser. Mais il est trop tôt pour le dire.
Portez-vous un regard inquiétant sur la situation ?
Le marché des matières premières agricoles est devenu par nature volatil en raison des différentes vagues de libéralisation à travers le monde.
Il y a également un comportement des opérateurs plus mâture. La réactivité est beaucoup plus courte par rapport à la diffusion de l'information. Ce qui s'est passé avec la Russie en est l'exemple flagrant. Quelques minutes après l'annonce de Vladimir Poutine, le marché gagnait 25€/T.
Il y a une part de surchauffe dans ces mouvements. La situation n'a rien à voir avec 2007. Nous n'avons pas d'émeute de la faim. Nous ne pensons pas qu'on en arrivera là.
Les prix des matières premières agricoles ont vocation à demeurer élevés. Quelles principales répercussions percevez-vous ?
Un rapprochement de plus en plus étroit entre le métier d'agriculteur et celui de financier. Nous avons eu une disparité très forte entre les producteurs, entre ceux qui ont vendu à 100 euros et d'autres à 200 euros. Cela créé un grand écart de compétitivité.
Ensuite, les industries agroalimentaires qui n'ont pas pris en compte ce qui s'est passé en 2007-2008 vont devoir faire un important travail de réflexion sur la gestion du risque dans leurs entreprises, tout ce qui est protection de l'achat et fixation des marges.
Coté ménages, si la baguette de pain ne devrait pas être affectée, ce sera moins le cas de la viande, particulièrement du poulet. Le poulet consomme beaucoup de céréales et de tourtaux. Le cycle de production est court. Les répercussions de prix sont rapides.
Quelles seraient vos recommandations en termes d'investissement ?
Je conseillerais aux investisseurs d'entrer sur des opérations d'arbitrage et de spreads plutôt que sur des opérations spéculatives directes sur les marchés. Autrement dit, essayer de jouer les écarts entre les marchés, entre le blé et le maïs, le marché américain et le marché européen. Ces optimisations de positions sont sujettes à moins de risque et peuvent permettre de dégager des résultats intéressants.
Jouer sur la hausse des marchés me parait dangereux. L'investisseur qui le fait doit vraiment mesurer les risques sous-jacents. A ce moment là c'est le courtermisme et la gestion active qui doivent primer.
Propos recueillis par Imen Hazgui
En dessous de 150 €, il est clair que les producteurs perdent de l'argent.
Consommation
La flambée du prix du blé, liée pour beaucoup à la mainmise des fonds spéculatifs, commence à inquiéter les éleveurs confrontés à la hausse du prix de l'alimentation animale. Mais les consommateurs appréhendent aussi les prochaines hausses sur les produits basiques.
« S'il n'y avait cette sécheresse en Russie, on ne parlerait pas des cours du blé. Rien ne justifie cette tension sur les céréales en 2010 puisqu'on bénéficie d'une situation de stock relativement importante en France et dans le monde… »
Patrice Auguste, un des responsables de la puissante Association générale des producteurs de blé (AGPP) ne comprend pas cette brusque envolée des prix. « Cette année, on en est à 195 millions de tonnes en stock de blé. Même si la production russe passe de 62 à 50 millions, rien ne peut justifier cette hausse des prix. »
En attendant, avec des variations de prix sur une journée de plusieurs dizaines d'euros, la volatilité du prix des céréales connaît des amplitudes folles, ce que déplorent les producteurs. L'an passé, on avait atteint des niveaux catastrophiques à 110 € la tonne. Heureusement, ces derniers mois ont vu le retour à des prix rémunérateurs. En dessous de 150 €, il est clair que les producteurs perdent de l'argent.
Les difficultés pourraient bien s'amplifier ces prochains jours avec les inévitables répercussions de cette flambée des prix sur quelques produits basiques de notre alimentation. La Russie a annoncé un embargo à partir de 15 août s'appliquant à des contrats déjà signés avec, de fait, le risque de livraisons non assurées. Hier, à son tour, le ministre ukrainien de l'Agriculture a annoncé qu'il proposerait l'instauration de quotas à l'exportation.
En attendant, on voit s'envoler les prix des produits destinés à l'alimentation animale. Cette crise, l'énième pour les agriculteurs, surgit sans prévenir avec déjà des répercussions au quotidien pour les éleveurs.
Dans l'Aveyron par exemple, on estime entre 50 et 100 € le coût de production en plus par tête de bovin.
À TOUT BOUT DE CHAMPS
Les toilettes sèches
envoyé par boreale. - L'info internationale vidéo.
Stage de formation en traction animale Prommata
envoyé par catharsisprod. - L'actualité du moment en vidéo.
Une association pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) a
été créée à Dieppe. Elle sera alimentée par la ferme maraîchère bio de
Nicolas Mazzarèse à Fresles, dans le Pays de Bray. Le jardin potager est en
cours d’élaboration : il devrait s’étendre sur 2,7 hectares, dont 8 000 m
2 en plein champ et 800 m2
en tunnel froid.
L’objectif est de fournir à l’AMAP 40 paniers de fruits et légumes biologiques par semaine. Nicolas Mazzarèse a
emménagé dans cette ferme en août 2006. Auparavant, il était enseignant dans l’Eure
Le bio-fonctionnement de la ferme
"Mon objectif est de supprimer le plus
rapidement possible le compteur EDF,
une éolienne devrait être installée, ainsi
que des panneaux solaires pour chauffer
l’eau. Une citerne récupérera les eaux de
pluie qui seront fi ltrées afi n d’être potables.
Nous nous chaufferons au bois
dans la partie habitation.
Mon exploitation ne nécessitera pas
de gros investissements en matériel car
j’ai choisi de travailler avec deux ânes,
et un équipement de traction adapté.
Je n’achèterai donc pas d’engins motorisés.
J’ai d’ailleurs suivi une formation
avec l’association Prommata (Promotion
du matériel moderne agricole à traction
animale) en Midi-Pyrénées, en plus de
ma formation en maraîchage bio dans
le Jura. Mais j’ai besoin tout de même
d’un petit capital pour démarrer puisque
je compte livrer les premiers paniers à
l’AMAP au printemps 2007. D’ici-là, je
ne disposerai que d’un demi-revenu, en
tant que jeune retraité de l’Education
nationale. J’espère ne pas avoir besoin
d’emprunt. Si c’est le cas, je m’adresserai
à la Nef, qui est une coopérative de
fi nances solidaires".
Des répercussions de la forte montée du prix du blé sont à attendre sur le poulet
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