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Mutations, stress et suicide paysan

30 Novembre 2011 , Rédigé par jr Publié dans #Santé Nutrition

 

 

La chercheuse québécoise Ginette Lafleur a présenté, hier, à la fac des lettres de Besançon, lors d’un colloque spécialisé, les premiers résultats de sa grande enquête comparant les sources de stress et les risques suicidaires chez les éleveurs laitiers de la Belle Province, de Suisse romande et de Franche-Comté. Elle a épluché les réponses de 1.826 exploitants, un tiers dans chaque pays, 6 à 14 % de femmes, à une foule de questions lui permettant de hiérarchiser 24 facteurs stressants.

Sans surprise, elle constate que le stress est plus fréquent quand la ferme est dans une situation financière difficile (77 % en Franche-Comté, 85 % en Suisse, 90 % au Québéc) que lorsque tout va bien (respectivement 15 %, 30 % et 20 %).

Les trois premiers facteurs de stress des Français sont la paperasse (60 %), l’augmentation des dépenses (58 %) et la baisse de revenus (56 %). Les Suisses mettent en cause les prix (74 %), la baisse de revenus (72 %) et la charge de travail (61 %), juste devant la paperasse et les accords de libres échanges (59 %), l’augmentation des dépenses (58 %) et l’instabilité des marchés (56 %). Les Québécois insistent sur les aléas de la météo (66 %), l’augmentation des dépenses (62 %) la paperasse (60 %), la charge de travail (57 %), les exigences environnementales (54 %) la baisse de revenus (50 %). Les femmes citent en plus la cessation d’activité, les difficultés de transmission, l’endettement, les incertitudes relatives aux quotas.

Détresse psychologique élevée

Les taux de « détresse psychologique élevée » sont étonnamment importants : 41 % pour les Français, 47 % pour les Suisses, 46 % pour les Québécois, et même de 63 à 65 % pour les femmes ! Ginette Lafleur a comparé ces résultats avec une enquête conduite sur l’ensemble des salariés du Québec pour qui les taux tombent à 15 % pour les hommes et 22 % pour les femmes.

La détresse psychologique n’empêche cependant pas, apparemment, d’être « satisfait de sa vie ». C’est le cas de 76 % des producteurs laitiers québécois, 69 % de leurs collègues suisses et de leurs confrères comtois (72 %, 59 % et 57 % pour les femmes). Comment expliquer ce paradoxe ? Surtout quand on sait, répond Ginette Lafleur, que trois suicides sur quatre sont masculins. Elle a son hypothèse : « Dans la population générale, les femmes ont des réseaux d’entraide plus grands que les hommes, mais cela ne semble pas être le cas en agriculture ».

En France, 400 agriculteurs choisissent d’en finir chaque année, rappelle Jean-Jacques Laplante, médecin-chef de la MSA de Franche-Comté. Il indique que, le risque de suicide, « selon l’institut de veille sanitaire », était en 2010 trois fois plus élevé chez les agriculteurs que la moyenne, 2,2 fois pour les agricultrices. En Inde, on en a recensé 165 000 depuis 1997, analysés comme liés aux OGM et aux restructurations.

Famille et syndicalisme protègent !

Pour Ginette Lafleur, les facteurs de risques de suicide sont nombreux. Elle place au premier plan la dégradation de l’image de l’agriculture, l’endettement, les restructurations agricole et rurale... « Pour l’OMS (organisation mondiale de la santé) », précise-t-elle, « les agriculteurs sont un groupe à risque dans les sociétés en mutation ».

C’est ce qui arrive à l’Europe qui est en train de réviser, dangereusement, pour l’agronome dijonnais Jean-Christophe Kroll, sa politique agricole. Selon le chercheur rémois Régis Lenoir, vie familiale, engagement syndical ou attitude de défi peuvent protéger des risques.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 12.10.2011

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