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Michel Hamel

30 Novembre 2011 , Rédigé par jr Publié dans #Bovins

MICHEL HAMEL, éleveur normand et président de l'Association nationale filière qualité race normande, a le sourire gourmand et le triomphe modeste. Lors d'un récent voyage organisé dans l'Eure par l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture, il expliquait avec délectation aux journalistes comment il n'a jamais voulu se séparer de ses plantureuses vaches normandes au profit de frisonnes bien plus productives mais piètres animaux de boucherie. Longtemps pourtant, le kilo de vache normande de réforme ne s'est guère vendu plus cher que celui de sa concurrente blanche et noire. Soucieux de surmonter cette anomalie doublée d'une injustice économique, notre éleveur a longtemps prêché dans le désert. Y compris auprès de la direction de la FNSEA où il siégeait jusqu'en 1993.

Mettre en place une véritable authentification du produit avec un cahier des charges impliquait d'évidentes contraintes pour l'éleveur, d'autant que les importations intempestives de viande bovine de l'Est européen et de Grande-Bretagne au début des années quatre-vingt-dix cassaient les prix.

Les efforts sur la qualité seraient-ils payants dans un tel contexte? Rien de moins sûr. Il fallait convaincre suffisamment de paysans attachés à leurs normandes pour garantir un approvisionnement régulier à des partenaires éventuels dans la filière. Pas facile quand on apprend que les petits bouchers veulent s'approvisionner directement dans les fermes de leur choix, quand les supérettes ne souhaitent pas jouer le créneau de la qualité certifiée, quand Michel-Edouard Leclerc est preneur à condition d'avoir «la meilleure viande au meilleur prix», quand Auchan ne marche pas davantage. Seul Carrefour acceptait ce partenariat à l'issue d'un premier dialogue noué devant un de ses rayons viande alors que Michel Hamel et d'autres éleveurs normands était venus faire le ménage face aux importations abusives et aux prix bradés.

La qualité «race normande» n'est pas un label rouge, mais le cahier des charges garantit la race, l'âge limite d'abattage des vaches de réforme comme des jeunes bovins, le poids des carcasses, la nourriture à l'herbe, la liste des compléments alimentaires autorisés et produits essentiellement sur l'exploitation, tandis que sont formellement proscrits les antibiotiques et les substances à effet hormonal.

Une autre difficulté provenait de la nécessité de garantir la «traçabilité» du parcours de l'animal de la ferme au rayon de la grande surface en passant par l'abattage et la livraison de la viande désossée. A l'appui de la saisie informatique des données fournies par l'éleveur et par l'abattoir Socopa du Neubourg, des contrôleurs assermentés certifient l'authentification du produit jusqu'à la mise en Caddies de livraisons pour le commerce où il subit un dernier conditionnement. Outre le logo «race normande», le consommateur retrouve sur l'étiquette le numéro d'abattage qui peut permettre de remonter jusqu'à l'éleveur si de besoin.

Aujourd'hui, notre éleveur voit en quelque sorte reconnaître le bien-fondé de son combat pour une meilleure identification des produits. N'est-il pas temps que les pouvoirs publics s'inspirent de cet exemple, pour développer rapidement, dans la concertation avec tous les professionnels de la distribution et de la production les labels et les appellations d'origine contrôlée? C'est le voeu qu'exprimait tout récemment Michel Germa, président du conseil général du Val-de-Marne, lors d'une visite du Marché d'intérêt national de Rungis. Et l'élu communiste de souligner qu'aucune stratégie mercantile n'a pu détrôner le poids économique des produits du vignoble français, «précisément parce que nous sommes en présence de productions diversifiées qui cultivent les goûts (...). C'est à une stratégie de ce type qu'il faut travailler pour l'avenir des viandes bovines en France».

 

 

 

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