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blog de jean-rené.maurouard

« L’accès des animaux à une pâture est très positif pour le bien-être animal »

29 Mars 2013 , Rédigé par jr Publié dans #paturage

Bovins lait

Du robot à la pâture, des vaches en pleine forme !

Dorothée Bizeray-Filoche Enseignant-chercheur en comportement et bien-être animal, à l’Institut Polytechnique LaSalle Beauvais (Oise)

Interview : Dorothée Bizeray-Filoche, enseignant-chercheur à l’Institut Polytechnique LaSalle Beauvais

L’arrivée d’un robot de traite dans un élevage signe très souvent la fin du pâturage. Pour quelle raison ?

Les éleveurs pensent très souvent qu’il n’est plus possible de conduire leur troupeau en pâturage après avoir investi dans un robot de traite, car les vaches doivent passer un maximum de fois dans le robot.

Ce choix est-il réellement justifié ?

La décision dépend bien sûr du parcellaire mais lorsque l’on dispose de prairies à proximité, l’idéal est quand même de pouvoir maintenir le pâturage. Ce choix apporte déjà un intérêt d’un point de vue économique, puisque l’herbe pâturée est le fourrage qui revient le moins cher. Lorsque l’on sait que le recours à un robot augmente très souvent la consommation de concentrés, c’est une donnée non négligeable. L’accès des animaux à une pâture est très positif pour le bien-être animal (moins de boiteries, moins de problèmes de locomotion, moins de blessures) et aussi du point de vue sociétal, car les citadins sont très heureux de voir des vaches dans les prairies.

Vous venez de conduire à LaSalle Beauvais, une expérimentation sur l’utilisation du robot de traite et le maintien du pâturage. Quel était l’objectif de cette étude ?

Nous avons souhaité comparer le comportement et les performances laitières de vaches traites au robot dans trois conditions différentes de sortie en prairie : le libre accès au pâturage, un accès au pâturage sous réserve d’avoir été traites et le zéro pâturage.

Notre objectif était de mesurer pour chacun des lots, la fréquence de traite, la production laitière, les fréquences d’accès à l’aire d’alimentation et à la pâture, et le temps passé en pâture.

Quelles sont les principales caractéristiques de votre élevage et du parcellaire de vos prairies ?

Notre élevage est le rassemblement de deux troupeaux de 33 vaches laitières chacun. Il s’agit de vaches de race Holstein disposant d’un niveau de production de 8 000 kg/lactation en moyenne. L’un des troupeaux a été divisé en deux lots de 15 vaches pour les besoins de l’expérimentation.

Toutes les vaches ont accès à un robot commun placé dans une aire d’attente via des portes « intelligentes » qui ne s’ouvrent qu’en fonction de l’information véhiculée par le collier électronique de chaque vache.

Stabulation et robot de traite – Institut Polytechnique LaSalle Beauvais.
« L’accès des animaux à une pâture est très positif pour le bien-être animal »

Le passage des vaches d’une aire à une autre est relevé par des détecteurs de passage. Nous disposons de 5,7 ha de pâture de ray-grass et trèfle blanc, répartis en 5 parcelles situées de 60 à 200 m du robot. Les animaux bénéficient d’herbe nouvelle tous les matins. L’expérimentation a duré 7 semaines, après 5 semaines de transition alimentaire avant l’étude.

Quels ont été les principaux résultats de cette étude ?

Les vaches conduites en zéro pâturage ont été traites plus souvent (en moyenne 2,4 fois/ jour) que les vaches qui avaient accès aux pâturages (entre 2,1 et 2,2 fois/jour). La production laitière des vaches conduites en zéro pâturage a aussi été plus élevée que celle des vaches qui avaient accès au pâturage sous réserve d’avoir été traites (environ 1 l en plus/VL/j sur une production de 29 l/j). Par contre, il n’existe pas de différence significative en terme de production de lait, entre les vaches en zéro pâturage et celles qui avaient accès aux pâtures en toute liberté. Nous avons aussi remarqué que la production laitière augmentait lorsque le nombre d’allers et retours entre le bâtiment et la pâture était plus élevé. Nous avons enfin constaté moins de boiteries chez les vaches qui sortaient en pâture. En revanche, aucune différence de propreté des animaux n’a été notée.

Quelles conclusions en tirezvous pour les éleveurs qui investissent dans un robot ?

Tout d’abord, faire pâturer ses vaches reste tout à fait possible avec un système robotisé. L’accès quotidien des vaches à des pâtures qui ne sont pas trop éloignées du robot permet de maintenir une bonne fréquence de traite. Nous estimons qu’une distance de 600 m est encore acceptable, à condition que le chemin soit très pratique. Globalement, la production laitière n’est pas affectée ou peut l’être très légèrement mais l’alimentation revient aussi un peu moins cher. Nous ne sommes pas allés jusqu’à un calcul économique, mais les vaches qui ont un accès aux prairies consomment en moyenne 3 à 10 kg de MS d’herbe par jour en pâture. Les animaux qui sortent sont enfin en meilleure forme.

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